Google va partager ses données de recherche : ce que ça change pour le SEO
Le DMA force Google à ouvrir ses données de requêtes aux concurrents. Impact sur le SEO multi-moteurs et la fragmentation du marché.
Google va devoir partager ses données de recherche avec Bing. Et ça change tout pour le SEO.
La Commission européenne a lancé le 27 janvier 2026 une procédure contre Google au titre de l’article 6(11) du Digital Markets Act. L’objectif : forcer Google à partager ses données de recherche (requêtes, clics, classements, impressions) avec ses concurrents. Bing, DuckDuckGo, Qwant et les autres pourraient bientôt accéder aux mêmes signaux que Google pour affiner leurs algorithmes.
Ce n’est pas une rumeur. C’est une procédure officielle avec des conclusions attendues d’ici juillet 2026.
Ce que dit le DMA, concrètement
L’article 6(11) du Digital Markets Act impose aux “gatekeepers” de fournir un accès FRAND (Fair, Reasonable And Non-Discriminatory) à leurs données de recherche. Google est le seul moteur de recherche désigné gatekeeper en Europe. Microsoft et Bing ont été explicitement exclus de cette désignation en février 2024.
Google affirme déjà licencier certaines données à des concurrents. La Commission considère que ce n’est pas suffisant. Les points de friction portent sur le périmètre exact des données partagées, les conditions d’anonymisation et une question qui fait débat : est-ce que les chatbots IA comme Copilot ou Perplexity ont droit à ces données aussi ?
La réponse à cette dernière question pourrait redéfinir les règles du jeu.
Pourquoi les SEO devraient s’en soucier
Si Bing, Qwant ou d’autres moteurs accèdent aux données de requêtes et de clics de Google, ils pourront construire des algorithmes plus pertinents. Pas demain matin, mais progressivement. Les résultats de recherche sur ces plateformes alternatives pourraient devenir nettement meilleurs.
Et ça, c’est le scénario qui change la donne en SEO.
Aujourd’hui, Google détient plus de 91% du marché de la recherche en Europe. Ce monopole permet aux référenceurs de concentrer 95% de leurs efforts sur un seul moteur. Si les alternatives deviennent crédibles, la stratégie SEO se fragmente.
On l’a déjà vu avec le procès antitrust aux Etats-Unis. Les accords d’exclusivité avec Apple sont interdits. Le navigateur par défaut sur iPhone pourrait changer. Ajoutez le partage de données imposé par le DMA en Europe, et vous obtenez un cocktail qui menace sérieusement le monopole Google sur la recherche.
Le précédent qui douche l’enthousiasme
Avant de s’emballer, regardons ce qui s’est passé en janvier 2024. Le DMA avait déjà forcé Google à modifier ses résultats pour les requêtes géolocalisées en Europe. Les cartes cliquables ont été retirées au profit de liens vers des services concurrents.
Résultat ? Aucun gain mesurable pour Bing Maps ou les alternatives. Une étude de l’ifo Institute publiée début 2026 confirme que ces changements n’ont eu qu’un effet faible sur la concurrence réelle. Les utilisateurs reviennent toujours vers Google par habitude.
Le partage de données, c’est une chose. Convaincre les utilisateurs de changer de moteur, c’en est une autre.
Ce que ça signifie pour votre stratégie SEO
Trois axes concrets à intégrer dès maintenant.
1. Surveillez vos performances sur Bing. Si vous ne regardez jamais Bing Webmaster Tools, c’est le moment de vous y mettre. Le rapport AI Performance de Bing lancé début 2026 donne des métriques sur les citations IA. Ces données deviennent pertinentes.
2. Pensez multi-moteurs. Les données structurées Schema.org ne servent pas que Google. Elles alimentent aussi Bing, les IA génératives et les moteurs alternatifs. Investir dans un balisage propre, c’est parier sur un web où Google n’est plus le seul arbitre.
3. Ne paniquez pas. Les procédures DMA prennent du temps. Google va négocier, contester, faire appel. L’impact réel sur le marché ne se fera pas sentir avant 2027 au plus tôt. Mais les SEO qui anticipent cette fragmentation auront un avantage compétitif sérieux quand elle arrivera.
Mon avis
Le DMA est l’arme la plus puissante jamais pointée contre le monopole de Google Search. Plus que le procès antitrust américain, qui a débouché sur des remèdes comportementaux sans forcer de cession.
Mais les armes réglementaires ont une faiblesse : elles comptent sur le marché pour s’adapter. Et le marché de la recherche est dominé par une force d’inertie massive. Les gens tapent “Google” par réflexe.
Ce qui pourrait vraiment changer la donne, c’est l’IA. Si les chatbots comme Copilot ou Perplexity accèdent aux données de recherche Google via le DMA, ils pourraient proposer des réponses aussi pertinentes que Google sans passer par Google. Et là, le monopole vacille pour de bon.
A suivre de très près. Juillet 2026, c’est dans quatre mois.